Mame N’Dela Guene : Etre pilote n’est pas un métier de génie

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Mame N’Dela Guene une dame, une référence dont la bravoure suscite respect et admiration.

Mame N’Dela Guene est d’origine Togolaise. Une des rares femmes Togolaises à embrasser la carrière de pilote de l’aviation Civile. Après une brillante formation dans la prestigieuse école d’Ethiopian Airlines, la jeune Togolaise qui va faire la fierté des femmes de la terre de nos aïeux s’apprête à prendre la commande des Avions de la Compagnie aérienne ASKY.

Dans une discussion questions réponses la jeune dame partage avec nous sa passion, son endurance, sa détermination à repousser les limites de son défi et surtout ses conseils aux jeunes filles à oser dans des secteurs d’activité comme celui jadis considéré comme l’apache des hommes.

Une interview réalisée par notre confrère Albert  Agbéko du site Togoscoop.

  

Togo Scoop (T. Scoop) : Présentez-vous à nos lecteurs :

Mame N’Dela Guene (M.N’Dela G.) :  Je suis Mane N’Dela Guene, née d’une mère Togolaise et d’un papa Sénégalais. J’ai fait toute ma vie au Togo.

  1. Scoop: Votre parcours scolaire et universitaire:
  2. N’Dela G. : J’ai eu mon baccalauréat G2 à ITNDE à Lomé. Après j’ai fait une licence en comptabilité à ESAM. Un master en Audit et Contrôle de Gestion à ISM. Après j’ai embrassé l’Expertise comptable car j’ai un faible pour les chiffres. J’ai travaillé dans des cabinets d’Expertise Tate et associé, Ci conseils, après dans l’électro-ménager et finalement à SKY comme gestionnaire de stock.
  3. Scoop: Vous êtes diplômée de la prestigieuse école de formation des pilotes d’Ethiopian Airlines à Addis- Abeba. Dites-nous comment s’est opéré cette sélection.
  4. N’Dela G. : Un petit sourire : Depuis 2020, j’ai voulu joindre l’Accademy de l’Ethiopian, mais pour des raisons de l’épidémie de COVID19, les écoles étaient fermées. Seule une école de pilotage a été ouverte SFA (Safe Flight Academy. Quelques mois après j’ai perdu ma mère. (le sourire a disparu au profit de la tristesse et de la mélancolie). Très vite elle se rattrape, et nous revient. Et oui c’est la vie : Obligée de revenir au pays, j’ai dû repartir pour reprendre ma formation à Accra au Ghana. Là j’ai commencé le PPL(NDLR : Private Pilote Licence) cela m’a pris un an au lieu de 6 mois. Ceci pour des raisons de problèmes météorologiques et quelques problèmes techniques que rencontrait l’école.

Vu l’avancement des choses et le temps que cela me prenait, j’ai commencé par chercher le plan B.  J’ai encore fait plusieurs tentatives en direction d’Ethiopian par mails, voire appels sur appels mais sans suite.  Selon certaines sources, leur silence s’expliquerait par le fait que les étrangers ne sont pas souvent acceptés. Mon choix s’est alors porté sur une école en Hongrie suite aux conseils et renseignements requis.  J’ai finalement compris qu’en aviation, le choix des écoles doit se faire après recommandation de quelqu’un qui a fréquenté l’école ou sur l’assurance de la véracité du dossier. Dans le cas contraire, c’est une perte de temps et d’argent jeté par la fenêtre. Après négociation avec l’école de la Hongrie, j’ai effectué le premier paiement. Mais un jour en route pour la maison, un numéro inconnu m’appela et me demanda : « Mlle Guene c’est Ethiopian Accademy, finalement votre dossier a été accepté. Pouvez-vous commencé la semaine prochaine parce qu’il y a une classe qui est ouverte. »

J’étais stupéfaite, contente et j’ai embrassé en même temps. Mon rêve est devenu réalité. Bon Dieu me l’offre.

  1. Scoop : Quels sont les atouts qui ont milité en faveur de votre choix ?
  2. N’Dela G.: Comme je l’avais dit plus haut, j’ai été gestionnaire de stock à SKY. L’une de mes tâches constituait à donner des uniformes aux hôtesses et pilotes. Je discutais avec eux pour savoir comment la formation se passe et tout. Un jour j’ai vu une commandante pilote. J’ai poussé ma curiosité à savoir si elle était Togolaise. On m’a dit non qu’il n’y a pas de femme pilote Togolaise. D’où la naissance de ma motivation pour le pilotage. Je n’ai jamais rêvé être pilote. Mais aujourd’hui c’est ma vie. C’est ma passion, c’est mon tout.
  3. Scoop : Vous étiez combien à suivre les cours ? Etiez-vous la seule Togolaise ?
  4. N’Dela G. : A Addis Abeba , il y a avait 11 Togolais avant moi. Ils étaient envoyés par ASKY. Sur les 11 Togolais, il y avait qu’une seule fille au nom de Jessica que je salue de passage. Elle m’a beaucoup aidée. Après elle c’est un autre Togolais au nom de Bil que je salue également. C’était le plus jeune Pilote Togolais. Après leur classe se fut mon tour. Il y a encore 21 Togolais qui sont entrain de suivre la formation actuellement à Addis-Abeba.

 

 

  1. Scoop : Est-il facile d’embrasser cette carrière ?
  2. N’Dela G. : Pas du tout, surtout en étant loin de sa famille. Cette carrière nécessite beaucoup de courage et surtout de la détermination. Elle nécessite aussi beaucoup de concentration car chaque jour est un défi à relever.
  3. Scoop : Votre premier vol, et si on en parlait…
  4. N’Dela G. : Mon premier vol avec Ethiopian, il n’y avait pas trop de challenge vu que j’avais déjà mon PPL (NDLR : Licence pour Pilotage Privé) mais à Accra (Sourire). Il y a le G force NDLR : l’accélérateur de la pesanteur à la surface de la Terre. Que nos instructeurs nous font sentir (Rire). Moi j’ai dû laisser le contrôle et attraper mon instructeur par ce que tu ressens ça dans le ventre. Tu ne vas même plus sentir tes pieds et sa te donne l’impression d’aller vomir (Rire).

Mais avec Ethiopian, la plus mauvaise, expérience que j’ai eue, c’était un jour en vol solitaire. Seule sans instructeur. On le fait plus de 50 fois au cours de la formation. Mais avant de partir dans notre communication room (NDLR : salle de communication), j’attendais les collègues faire Go around (NDLR) quand tu viens pour atterrir et tu n’es pas stable ou il y a un phénomène sur la piste, ou toute situation obligeant à repartir et à revenir pour atterrir.) Presque tous les avions le faisaient. Je pars en navigation, je reviens tout est bon. J’atterri ; je mets mon bras sur la porte, parce que j’ai juste besoin du rudder (NDLR : le pétale de pied qui permet de contrôler la direction de l’avion) pour taxi  et amener le aircraft au parking. D’un seul coup, un vent, updraft ( NDLR :  un courant d’air ascendant ) soulève l’avion. J’ai gagné au moins 100 à  200 ft (NDLR : feet , unité de mesure), (rire)… Je souris aujourd’hui, mais le jour-là, c’est Dieu qui m’a sauvé. Mais quand tu as un updraft, c’est qu’il y aura un dawndraft.(NDLR : courant d’air descendant) qui va suivre, mais la chance que j’ai eue  c’est que  ce sont des situations que mon instructeur de pré-solitaire m’a fait vivre et répéter plusieurs fois. Depuis ce jour- là, la leçon que j’ai apprise est que tant que le moteur n’est pas éteint au parking, il faut toujours être vigilant.

  1. Scoop : Comment êtes-vous arrivée à ce métier ? Est-ce un rêve ou un hasard.
  2. N’Dela G. : C’était un pur hasard. Mais j’avoue qu’aujourd’hui c’est devenu plus qu’une passion. Un rêve, c’est toute ma vie. Chaque fois que je suis au contrôle, je ressens une certaine paix intérieure, je me sens vraiment légère.
  3. Scoop : Quelles sont les attitudes à avoir pour devenir pilote. ?
  4. N’Dela G. Selon moi pour devenir pilote, il faut le courage pour la classe. Il y a 14 matières subdivisée en 30 parties. A la fin de chaque partie il y a un examen à faire le jour suivant et tu n’as que chance pour reprendre cela. La détermination pour le coté flight (pour le vols). Pour certains, le premier jour ça marche ; pour d’autres, c’est après des répétitions. Si tu n’es pas déterminé à atteindre les objectifs, tu abandonneras. Il faut avoir la rigueur, la discipline.
  5. Scoop : Vous êtes maintenant pilote de la compagnie ASKY : c’est qui votre plus beau souvenir ?
  6. N’Dela G. Je n’ai pas encore commencé les vols sur ASKY. Nous sommes dans le processus de conversion de notre licence par l’ANAC, parce que nous avons des licences Ethiopienne. Le plus beau souvenir que j’ai pour le moment, c’était mon vol d’Addis-Abeba à Lomé sur le dream line 787. Du décollage à l’atterrissage, c’était trop beau. Comment la Technologie a beaucoup évolué.
  7. Scoop : Votre prochain défi
  8. N’Dela G.: je veux servir mon pays sur quelques années. Prendre l’envol après sur Emirates ou Qatar. Faire la formation d’instructeur et donner des cours au sol dans certaines écoles de l’Afrique si possible. Sensibiliser les jeunes filles à embrasser les métiers de l’aéronautique et médecine aéronautique, techniciennes ingénieurs) ….

Avant le métier de pilotage nécessitait d’être bon en maths, physiques etc… De nos jours avec l’évolution, il faut le courage, la détermination s’il y a la passion, ça avance encore vite, la rigueur la discipline. Il faut éliminer l’esprit individualiste et avoir l’esprit d’équipe, parce que tout se fait à deux, même si la décision finale revient au commandant de bord.

J’exhorte surtout les filles à embrasser cette formation, on sait tous, qu’elle est coûteuse, mais ça en vaut le prix. Ce n’est pas qu’un métier d’homme. Il y a plein de femmes commandantes aujourd’hui sur de gros porteurs dans le monde. Mon rêve est que d’ici 5 ans que ce ne soit plus deux femmes pilotes Togolaises mais au moins une cinquantaine.

  1. Scoop : Vos conseils aux jeunes qui voudraient vous emboiter les pas après lecture de cet article
  2. N’Dela G. : Rien n’est impossible. Il suffit juste d’avoir de la volonté et surtout d’y croire. J’ai été comptable, mais aujourd’hui je suis pilote, juste parce que j’avais la volonté de montrer qu’être pilote n’est pas un métier de génie ni de série, tout le monde peut le faire.

La rédaction

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